L'Autre maison

FFM 2013 : À l’intérieur de L’autre maison



Film d’ouverture du Festival des films du monde (FFM), L’autre maison s’intéresse au sort de deux frères (Roy Dupuis et Émile Proulx-Cloutier) qui ne s’entendent pas toujours dans la façon de s’occuper de leur père (Marcel Sabourin) qui est atteint d’Alzheimer.

Le mariage artistique allait de soi entre ce sujet et le FFM, qui rejoint des cinéphiles de tous les âges, dont plusieurs personnes qui peuvent être touchées par ces questions délicates. Le réalisateur Mathieu Roy l’a d’ailleurs imaginé en puisant au plus près de lui, en s’inspirant de son père, récemment décédé

« Je voulais rendre hommage à mon père, à son panache, à son courage devant la maladie d’Alzheimer, confie le cinéaste, rencontré dans un chic hôtel de Montréal. Malgré les pertes de mémoire, il arrivait à s’exprimer d’une manière étonnante et je prenais des notes, des phrases, ce que je qualifiais un peu de poésie de la confusion. Peu à peu, j’ai créé un personnage autour de cet état-là et ça a donné un film. Évidemment, je tenais à faire un film dont la portée était universelle, pour tout le monde qui vit avec ce genre de situation. Tous les gens à qui je parle du film me racontent leurs histoires et c’est ça que je voulais déclencher comme conversation. »

Avoir la tête de l’emploi
Pour former sa famille de cinéma, le metteur en scène qui s’est fait un nom dans le documentaire (son plus récent, Surviving Progress, a beaucoup voyagé dans les festivals en 2011 et en 2012) se devait de choisir les meilleurs acteurs possibles. Le rôle du patriarche était d’ailleurs essentiel, lui qui est à la base de tout, allant de sa propre maison (physique mais également mentale) à l’autre maison, imaginaire celle-là.

« Quand j’ai rencontré Marcel la première fois, j’ai su que ça pouvait être lui, avoue Mathieu Roy. Je pense qu’il avait compris le fil sur lequel je le fais jouer. Il marche sur un fil qui se tient à la frontière entre la conscience et l’inconscience, la lucidité et l’absence. Il a un visage auquel on s’attache et il peut jouer une vaste gamme d’émotions. »

Pour les personnages des deux fils, les sélections des deux célèbres interprètes relevaient de l’évidence. « Roy s’imposait, définitivement, assure le réalisateur. Ce que j’appréciais de lui, c’est son intériorité, l’intensité de son jeu. Il n’a pas besoin de parler et l’on ressent beaucoup de choses. Il a un magnétisme autour de lui. Pour son jeune frère, on voulait tout le contraire, c’est-à-dire quelqu’un d’anxieux, d’angoissé, d’insécure et plein d’énergie. Et ça s’est avéré une évidence à l’audition. »

La famille à la dérive
Jouer au sein d’un clan familial n’est pas toujours évident, surtout pour les trois protagonistes qui ne se connaissent souvent que de réputation. Est-ce que Roy Dupuis, Émile Proulx-Cloutier et Marcel Sabourin devaient discuter ensemble afin d’accorder leurs violons sur les mêmes airs de famille? « Je me souviens avoir pensé à ça, mais je pense que c’est quelque chose que l’on fait individuellement, sans trop se le dire, admet pour sa part Roy Dupuis, toujours aussi décontracté. C’est sûr que quand tu travailles le personnage, tu y penses. Moi, en tout cas, c’est de même que je le travaille. Je m’entends penser, je m’entends y penser, mais je ne fixe pas l’autre personne qui est devant moi, pour ne pas qu’il change son comportement. »

La maladie ayant déjà altéré le père, les deux fils ne devaient pas nécessairement en adopter les mimiques et les façons de parler. Déjà qu’ils passent leur temps à s’engueuler, à se confronter, sur ce qu’il y a de mieux à faire pour l’aider. « C’est la tension qui est créée par le scénario qui rend le film intéressant, maintient celui que l’on a pu voir plus tôt cette année dans Cyanure et Roche Papier Ciseaux. Cette tension entre les deux frères, qui provoquent le questionnement qu’on a aujourd’hui, à savoir ce qu’on fait avec nos vieux. »

« C’est un film qui fait prendre conscience encore plus de ce que ça peut changer la dynamique d’une famille quand il y a quelqu’un qui devient Alzheimer, conclut Marcel Sabourin, très élégant avec les mêmes souliers et nœud papillon qu’il portait au Festival de Cannes en 1977 où il était venu présenter J.A. Martin Photographe. Ce rôle-là est un révélateur des émotions des deux frères. Ils n’ont plus la relation qu’ils avaient avant que leur père devienne malade. Et là-dessus, ça peut renseigner énormément les gens qui vont voir ça, parce que ça va leur rester dans le ciboulot. Si des choses semblables leur arrive, j’ai l’impression que leur intuition leur sera plus précise sur comment réagir. »

L’autre maison est présenté aujourd’hui à 16h30 au Cinéma Impérial. Il prend l’affiche le 18 octobre.

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