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La dame de fer« Le secret le mieux gardé dans le monde de la télévision », selon le journal The Guardian, la scénariste britannique Abi Morgan n’est aujourd’hui plus un secret dans le monde du cinéma avec deux films sous le bras – La honte et La dame de fer – qui prennent l’affiche sur nos grands écrans, chacun à un mois d’intervalle, propulsant ainsi la toute menue écrivaine sous le feu des projecteurs.

Au téléphone, à partir du studio de la série télévisée The Hour à Londres en Angleterre  - série qu’elle scénarise et produit-, Abi, la verbomotrice, nous parle de son succès, qui est très loin de l’effrayer.

 « En général, j’essaie de ne pas avoir cette perception de moi-même (scénariste à succès) parce que j’adore ça et que, oui cette année, je suis occupée, mais l’année prochaine, si je n’écris rien, les gens se demanderont qui je suis et se diront : elle se croyait tellement populaire! (rires). Je tente de rester moi-même en tout temps. »

On pourrait croire que cette blagueuse n’écrit que des comédies, mais ses derniers scénarios n’ont rien de drôle, que ce soit le drame du réalisateur Steve McQueen sur la dépendance sexuelle ou bien encore l’histoire de l’ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher, interprétée par l’inégalable Meryl Streep.

Ce dernier pourrait sembler un effort insurmontable pour la plupart des scénaristes ; capturer l’essence d’une chef politique controversée qui mène aujourd’hui une vie paisible, solitaire et qui, supposément, souffre de démence. Mais Abi a su décrire l’imposante personnalité en un seul mot : pouvoir.

 « Tout a commencé lorsque je me suis mise à lire des articles à propos de Margaret Thatcher. Ils dégageaient le pouvoir », dit-elle. « Et aussi ce que signifie aujourd’hui d’avoir été une des femmes les plus puissantes au monde, de vieillir et de faire face à une perte de mémoire considérable. »

Ayant grandi dans les années 80, dans une famille aux idées plutôt gauchistes, les visions et politiques de Thatcher n’étaient pas partagées chez Abi mais écrire sur cette dernière fut fascinant en ce qui a trait à tous les différents thèmes à rejoindre. Avec l’aide de journaux intimes, mémoires, sources confidentielles, elle voulait que le scénario soit juste et précis, oui, mais souhaitait aussi donner une image plus créative à cette femme qui a marqué la planète.
“Pour moi, c’était d’imaginer cette femme et la vie qu’elle mène aujourd’hui et de replonger vers son passé. J’ai donc utilisé ce principe simple pour écrire le reste de sa vie. Vous savez, une des choses les plus difficiles avec une biographie, c’est de choisir ce qu’on ne mettra pas dedans et comment le tout sera interprété dans le film, » avoue Abi.

“Personnellement, La dame de fer, est à propos de ce que ça implique que de détenir le pouvoir et de prendre des décisions qui affectent tout un pays, si ce n’est pas le monde entier, et je voulais raconter l’histoire à travers ses yeux et sa propre perspective des choses. »
Pour le film La honte, coécrit avec le réalisateur Steve McQueen, Abi a changé dramatiquement sa vision et s’est penché sur les exploits sexuels compulsifs de Brandon (Michael Fassbender), un mec de notre époque qui souffre d’un problème d’intimité malgré toutes ses aventures sexuelles. Le film est très graphique – beaucoup de nudité – et pourrait être difficile à scénariser, mais pour Abi, ça ne causait aucun problème.

« Ça ne m’a jamais préoccupée. Pour être honnête, quand j’ai regardé le film Hunger, (aussi réalisé par Steve McQueen) et que j’ai vu ce qu’il était capable de faire, je ne me suis pas inquiétée. J’ai une grande confiance dans la sensibilité de Steve. Il est tellement intègre qu’il m’a permis de l’être moi aussi. Il m’a dit : si c’est ce que tu veux écrire, vas-y. Si c’est ce que tu penses qu’il ressent, fais-le. »

Bien sûr, ce que Brandon raconte dans le film, et en particulier tous ses actes, nécessite un auteur qui n’a pas peur de dévoiler la souffrance humaine, autant en écriture qu’en images. Il faut bien choisir ses mots parce que c’est un personnage qui souffre en silence.

Lorsqu’on lui demande si elle voit des similitudes entre la biographie de la première femme Première ministre britannique et l’histoire d’un homme contemporain qui souffre de dépendance sexuelle, Abi prend une pause et puis elle enchaîne sur toutes ses années d’écriture.
 « C’est très intéressant de se pencher sur mon travail cette année; j’ai fait un film sur un homme souffrant de dépendance sexuelle, un autre sur une Première ministre iconique qui était détestée autant qu’encensée, une série télévisée sur une salle de nouvelles campée dans les années 50 et je viens tout juste d’adapter un roman génial à l’époque de la Première Guerre mondiale. Je ne sais pas si on peut faire un lien avec tout ça… mais du moins ça nous fait réfléchir à la vie au 20e et 21e siècle.

Et voilà! Abi n’est maintenant plus un secret pour nous.



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