Aucune remise de prix n’est parfaite. Il y a toujours des films qui sont oubliés et d’autres qui obtiennent beaucoup trop de nominations. Le 14e gala des Jutra qui se déroulera le 11 mars prochain ne fait pas exception. S’il faut se réjouir de la grande présence de
Monsieur Lazhar de
Philippe Falardeau et du satirique
Coteau rouge d’
André Forcier qui est passé complètement inaperçu lors de sa sortie en salles, plusieurs titres de très grande qualité ne figurent pas au menu. C’est extrêmement dommage et c’est pour cette raison que Cineplex a décidé de revenir sur ces fâcheuses omissions qui méritent grandement le détour.
En terrains connus : La précédent effort de
Stéphane Lafleur (l’exquis
Continental, un film sans fusil) a remporté les grands honneurs aux Jutra il y a de cela quelques années. Mais où est sa nouvelle fantaisie qui est au moins aussi bonne que la précédente? Le triplé meilleur film-réalisation-scénario aurait été de mise. Et que dire de sa formidable musique? Au lieu de ça, tout ce que cet essai peut espérer, c’est un prix pour sa qualité sonore. C’est bien peu.
Marécages : L’autre grand oublié est
Marécages, ce fascinant premier film de
Guy Édoin, qui mérite mieux qu’une nomination comme meilleur son. Oui, le résultat final sort des sentiers battus, mais c’est justement pour ce condensé de vrai cinéma que cette œuvre mérite d’être vue.
Pascale Bussière y est tout simplement éblouissante, alors que la photographie s’avère majestueuse.
Nuit #1 : Impossible de ne pas se réjouir de la présence de
Nuit #1 dans trois des catégories les plus prestigieuses (meilleur film, meilleure réalisation pour Anne Émond et meilleure actrice pour
Catherine De Léan). Sauf que ce qu’il y a de mieux, c’est son scénario si intelligent, qui laisse une grande part à la langue française. Pour l’accueillir, il aurait été facile de tasser
La run ou
Starbuck qui ne lui arrivent pas à la cheville.
Sophie Desmarais : Dès qu’on la voit dans
Décharge, c’est difficile de ne pas détourner le regard. Le magnétisme de cette jeune femme est impressionnant et elle deviendra probablement une grande actrice. Le nouveau film de
Benoit Pilon n’a pas fait l’unanimité (surtout si on le compare à son précédent Ce qu’il faut pour vivre), mais
Sophie Desmarais méritait sa place au prochain gala des Jutra.
Paul Doucet : Funkytown de
Daniel Roby n’a pas été le grand succès qu’il aurait pu être. Si les défauts sont nombreux, la prestation de
Paul Doucet est électrisante. Il vole la vedette à ses nombreux collègues et il éclipse pratiquement tous les gens qui sont en nomination dans la catégorie du meilleur acteur de soutien.
Isabelle Blais : La populaire interprète livre probablement la meilleure performance de sa carrière dans
Le prix à payer de
Deborah Chow où elle incarne une femme qui vient tout juste de perdre son enfant. Un jeu déchirant et d’une rare intensité.
Jaloux : Jaloux de
Patrick Demers et
À trois Marie s’en va d’
Anne-Marie Ngô sont des films jumeaux sur les relations de couple qui tournent au vinaigre lorsque le mensonge prend toute la place. Malgré des hauts et des bas, il faut souligner la qualité de leurs montages qui amènent une dimension supplémentaire à ces récits.
Laurentie : Dans la lignée de
Nuit #1,
Laurentie de
Simon Lavoie et de
Mathieu Denis interroge la même générations perdue. Plus brut, plus frontal, plus exigeant, ce poème mérite qu’on l’apprivoise. On y découvrira alors l’extraordinaire
Emmanuel Schwartz qui n’aurait pas volé une nomination en tant que meilleur acteur.
Films de la nuit : Les beaux longs métrages sombres et nocturnes ont été nombreux en 2011. Ils ne figurent cependant pas sur la liste des Jutra. Des titres comme
La vérité de
Marc Bisaillon et
Jo pour Jonathan de
Maxime Giroux maximisent les émotions et les thèmes importants, jouant constamment avec les limites du septième art. Reconnaître leur importance dans une cinématographie nationale serait la moindre des choses.
Documentaires : Le Québec fait de très bons documentaires. Ce n’est pourtant pas les meilleurs qui sont mis en nominations. Quelques fois, si (
Ce cœur qui bat et
La nuit, elles dansent, par exemple). Sinon, on cherche toujours les
Godin,
L’amour au pays des orignaux et autres
L’Est pour toujours.
Le 14e gala des Jutra qui se déroulera le 11 mars prochain.