© Vittorio Zunino Celotto/GettyImages
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Après s'être fait remarquer lors des festivals de Lucarno et de Venise,
Philippe Falardeau effectuait un retour aux sources en venant présenter
Monsieur Lazhar dans le cadre de la 36e édition du TIFF. On se rappellera que les films
La moitié gauche du frigo,
Congorama et
C'est pas moi, je le jure ont eux aussi été présentés dans le cadre du festival dans les années antérieures. Est-ce que Toronto serait un gage de réussite pour
Philippe Falardeau?
Tiré de la pièce de théâtre d'
Évelyne de la Chenelière,
Monsieur Lazhar raconte l'histoire de Bachir Lazhar, cet immigrant algérien. Suite au suicide d'une enseignante dans une école primaire, Bachir est rapidement embauché pour la remplacer alors qu'il nage lui-même en pleine tragédie personnelle. Il apprend peu à peu à connaître un groupe d'enfants attachants, malgré le fossé culturel qui se manifeste dès la première leçon. Pendant que la classe amorce un processus de guérison, personne à l'école ne soupçonne le douloureux passé de Bachir, qui risque l'expulsion du pays à tout moment.
Cineplex a eu le privilège de s'entretenir avec celui qui a scénarisé et réalisé
Monsieur Lazhar.
CINEPLEX :
Après le festival de Lucarno et celui de Venise, voici que vous présentez
Monsieur Lazhar dans le cadre du TIFF. Sachant que vous avez été présent lors des dernières éditions, que signifie ce festival pour vous?
PHILIPPE FALARDEAU :
C'est un retour aux sources.
La moitié gauche du frigo avait été présenté en 2000 lors d'une première projection. J'étais intimidé par l'ampleur du festival. J'avais croisé
Al Pacino à la sortie d'un ascenseur et je me suis dit : « Mais qu'est-ce que je fais ici... » Ensuite, tard dans la semaine, on apprenait que le film avait remporté le prix du premier long-métrage. Ce festival devenait ma rampe de lancement. Ensuite, je suis revenue pour
Congorama et
C'est pas moi, je le jure! Donc, c'est la quatrième fois que je suis ici. D'une certaine façon, je me sens un peu comme à la maison, mais ça reste intimidant parce qu'il y a tellement de stars hollywoodiennes que tu te demandes comment ton film va faire pour se démarquer du lot.
CINEPLEX :
Vous avez adapté au grand écran le roman
C'est pas moi, je le jure de l'auteur
Bruno Hébert. Comment vous est venue l'idée de réserver le même traitement à la pièce d'
Evelyne de la Chenelière?
PHILIPPE FALARDEAU :
Je ne cherchais pas pour un film en particulier. J'ai vu la pièce
Bachir Lazhar et j'ai été touché par celle-ci. Ça faisait longtemps que je voulais faire un film qui portait sur le sujet de l'immigration et je me disais que c'était trop didactique comme sujet. La pièce d'Evelyne c'est un solo, une seule personne sur scène. J'ai visualisé le film avec le pouvoir d'évocation. Ceci me permettait d'avoir de l'espace de création. Étant donné que la pièce comporte qu'un seul personnage, tout était à inventer(les enfants, les professeur(e)s, la directrice, etc.). Il aura fallu 2 ans pour terminer l'adaptation.
CINEPLEX :
Lors de l'écriture du scénario, est-ce que l'auteure du livre,
Evelyne de la Chenelière, a fait partie du processus?
PHILIPPE FALARDEAU :
Elle a été très impliquée d'une certaine façon. Evelyne a été ma première lectrice. Je voulais m'assurer qu'on ne trahisse pas le personnage de Bachir d'une version à l'autre du scénario. Parfois, j'étais un peu bouché dans mon écriture. Je me peinturais dans les coins et j'étais un cul-de-sac. En étant elle-même une auteure, les discussions que nous avions, Evelyne et moi, me permettaient de trouver des trames qui ne sont pas dans la pièce.
CINEPLEX :
L'auteure de la pièce,
Evelyne de la Chenelière, fait partie de la distribution. Est-ce qu'elle vous a fait cette demande ou vous lui avez offert un rôle?
PHILIPPE FALARDEAU :
Evelyne est comédienne de formation. Elle voulait un rôle et en sachant que c'est une excellente comédienne, je lui en ai offert un. Je suis étonné qu'elle ne soit pas connue davantage. Evelyne possède un énorme talent. Ce que j'ai aimé dans l'idée c'est qu'à un certain moment du film, le personnage d'Evelyne rencontre Bachir Lazhar. L'auteure fait face au personnage qu'elle a créé. C'est un petit clin d'oeil à sa pièce.
CINEPLEX :
La pièce se nomme
Bachir Lazhar et son adaptation cinématographique,
Monsieur Lazhar. Pour quelles raisons?
PHILIPPE FALARDEAU :
Je trouvais que
Bachir Lazhar était un peu trop ethnicisant. Oui, le film traite de l'immigration, mais on retient mieux le titre de
Monsieur Lazhar. Cette différenciation marque le passage entre la pièce et le film.
CINEPLEX :
Parlons du personnage principal... Lorsque vous avez écrit le scénario, aviez-vous vu
Fellag dans le rôle de Bachir où vous aviez d'autres acteurs en tête?
PHILIPPE FALARDEAU :
Non, pas du tout! Au départ, je savais que je n'étais pas pour trouver mon comédien au Québec et qu'il y avait beaucoup plus d'acteurs qui viennent du Maghreb en France. C'est Evelyne qui m'a mis sur sa pistes.
Fellag avait fait une lecture publique de sa pièce. Je l'ai rencontré. Nous avons fait quelques tests et nous nous sommes lié d'amitié. Par après,
Fellag est devenu Monsieur Lazhar.
CINEPLEX :
Selon vous, pour quelles raisons Bachir vient offrir ses services d'enseignant?
PHILIPPE FALARDEAU :
Bachir qui a vécu lui-même une tragédie personnelle a besoin de la sublimer en s'entourant d'enfants dans une classe. Ceci lui permet de passer à travers son deuil et d'où le réflexe d'aller offrir ses services afin de marcher dans les traces de sa femme...
CINEPLEX :
Question de la fin, est-ce que
Philippe Falardeau serait enseignant en 2011?
PHILIPPE FALARDEAU :
Les héros modernes, les gladiateurs modernes ce n'est pas les joueurs de hockey, mais les enseignant(e)s. J'ai pensé récemment à dédicacer
Monsieur Lazhar aux enseignant(e)s. Considérant que le film ne parle pas seulement d'enseignement, je ne voulais pas le limiter seulement à ce sujet. Mais oui, j'aimerais enseigner au niveau du Cégep ou de l'Université. Je donne parfois des ateliers qui touchent le cinéma.
Voyez la bande-annonce:
Monsieur Lazhar sera à l'affiche le 28 octobre.