Dallas Buyers Club

Dallas Buyers Club: Rencontre costaude avec un acteur amaigri

Perdre 47 livres en quatre mois, c’est ce qu’a fait Matthew McConaughey pour préparer son rôle dans Dallas Buyer's Club. Rencontre costaude avec un acteur amaigri.

Celle-là, Matthew McConaughey ne l’a pas venue venir: «Un jour, ma fille de deux ans m’a regardé et m’a demandé: «Papa, pourquoi as-tu un cou de girafe?» confie l’acteur de 44 ans, lors d’une entrevue exclusive au dernier Festival international du film de Toronto.

La question est de taille. L’an dernier, le comédien s’est imposé une métamorphose extrême afin de jouer dans Dallas Buyer's Club, un drame réalisé par «notre» Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y., Café de Flore). Le film, qui se déroule en 1985 au Texas, raconte l’histoire vraie de Ron Woodroof, un électricien et champion de rodéo qui tombe très malade et perd soudainement beaucoup de poids.

«C’est l’histoire d’un homme – un hétéro – qui contracte le VIH, explique McConaughey. On lui donne 30 jours à vivre, mais il finit par survivre pendant sept ans. Et il ne va pas chômer.»

Remède de cheval
Malgré son manque d’éducation (il n’a qu’une première secondaire en poche), Woodroof se met au courant des recherches sur le traitement de la maladie vénérienne. C’est ainsi qu’il découvre que très peu de médicaments efficaces sont approuvés par les autorités sanitaires américaines. Il décide donc d’importer illégalement de la pharmacopée en provenance de différents pays, et de confronter à ce sujet les communautés scientifique et médicale, incluant son propre médecin (Jennifer Garner).

Mais il ne fait pas cavalier seul. Bien qu’il soit macho et homophobe, Woodroof s’allie à Rayon (Jared Leto), un transsexuel aussi atteint du VIH. Ils fondent ensemble un «club» (d’où le nom du film), dans lequel séropositifs et sidéens peuvent s’approvisionner en «nouveaux» médicaments moyennant des frais mensuels.

C’est ainsi que débute une histoire de David contre Goliath, dans la tradition de films comme Erin Brokovich et Milk. C’est aussi l’occasion pour McConaughey de montrer qu’il peut faire le poids dans des rôles physiques… autrement qu’en paradant son torse musclé dans des films bonbons comme How to Lose a Guy in 10 Days ou
Fool’s Gold. (Sa maigreur n’est d’ailleurs pas sans rappeler celles de Christian Bale dans The Machinist ou Tom Hanks dans Cast Away.)

Éducation physique
Mais ce régime draconien ne s’est pas fait du jour au lendemain. Pour camper ce malade chétif, Matthew McConaughey s’est enfermé dans sa maison texane pendant quatre mois, refusant plusieurs réunions, «surtout celles qui se tenaient dans mon steak house préféré», lance avec humour l’acteur.

McConaughey se souvient notamment d’une conversation via Skype avec Jean-Marc Vallée qui, au début du projet, craignait qu’il soit incapable de perdre tous ces kilos. «Je lui ai dit de ne pas s’en faire, que c’était mon boulot», raconte le comédien.

Cette diète lui a d’ailleurs permis de se concentrer davantage sur son rôle. «C’était un peu spirituel comme expérience, avance-t-il. Je n’avais jamais réalisé à quel point je passais du temps à penser à la nourriture, à avoir hâte de cuisiner ou de manger. Et Dieu sait que j’aime la bouffe! Je devais donc me changer les idées, faire autre chose durant ces quatre heures par jour où j’étais préoccupé par mon estomac.»

Poids lourd
Comme son régime amaigrissant a été graduel, jamais McConaughey, son épouse et ses trois enfants n’ont sursauté ou paniqué en le voyant aussi mince. «La remarque sur mon cou de girafe est la seule qu’ils m’ont jamais faite, parce qu’ils ont suivi la transformation au jour le jour», dit-il.

La situation était toutefois complètement différente lorsqu’il croisait des amis qu’il n’avait pas vus depuis longtemps. «Les gens devenaient fous, raconte-t-il. Au début du processus, on me demandait uniquement si j’allais bien. Mais plus je perdais de kilos, plus on s’exclamait: «Oh mon Dieu! Tu es malade!» C’est là que j’ai compris que Ron avait atteint le bon poids.» À la fin de son régime, McMonaughey pesait 135 livres, une énorme différence pour celui qui affiche normalement une mine bronzée et une carrure athlétique de 182 livres.

Cette métamorphose s’inscrit dans ce qu’il faut dorénavant appeler la renaissance de l’acteur. Celui qui s’est surtout fait connaître pour sa dégaine de tombeur dans des chick flicks s’acharne depuis quelques années à choisir des rôles plus sombres dans des productions indépendantes comme Mud, The Paperboy et Killer Joe. Même Magic Mike, le blockbuster où il paradait dans des sous-vêtements en léopard, était signé Steven Soderbergh, réputé pour faire des films plus réfléchis.

Dallas Buyers ClubLa mince affaire
Jared Leto, aussi à Toronto pour faire la promotion du film, affirme à qui veut l’entendre que c’est précisément ce changement opéré dans le parcours professionnel de McConaughey qui l’a convaincu d’embarquer dans le projet. «Ça faisait cinq ou six ans que j’avais mis ma carrière d’acteur en veille pour me consacrer à la musique, explique-t-il. Et c’était très bien comme ça! Puis, j’ai lu ce scénario et j’ai compris pourquoi le film était important pour Matthew. Il vit une sorte de renouveau et fait des choix intéressants. Je le compare un peu à un prospecteur d’or: il sait d’instinct où dénicher des trésors. J’ai eu envie de le suivre pour en trouver avec lui.»

Leto sait très bien qu’il faut du temps pour transformer son corps puisqu’il l’a lui-même fait à plusieurs reprises en maigrissant pour le drame olympique Prefontaine et Requiem for a Dream. Pour Chapter 27, c’était plutôt l’inverse: il a gagné pas moins de 60 livres pour incarner l’assassin du grand John Lennon. Pour Dallas Buyers Club, Leto n’a eu que trois semaines pour passer de 155 à 116 livres, devenant méconnaissable.

«En maigrissant, on perd aussi une partie de soi-même, croit Leto. Ça prend beaucoup de volonté. Et, dans mon cas, ç’a été essentiel pour préparer ce rôle. Ça change la démarche, la façon de jouer, la respiration, le rapport avec les autres.» Cette transformation aura aussi permis à l’acteur d’entrer en contact avec sa féminité. «C’est incroyable ce qu’un comédien peut trouver quand il enfile des talons, qu’il porte une perruque et qu’il met un peu de rouge sur ses lèvres.»

Et de conclure McConaughey: «Le corps est beaucoup plus résilient qu’on ne le croit. L’esprit aussi. Être acteur, c’est beaucoup plus qu’enfiler un costume. Il faut incarner le personnage et, si nécessaire, ne pas hésiter à aller dans l’extrême pour le faire. C’est ce qui est génial à propos de notre métier.»

Dallas Buyer's Club prend l'affiche au Québec le 1er novembre.