Entrevue avec Mélissa Désormeaux-Poulin et Martin Matte

Entrevue avec Mélissa Désormeaux-Poulin et Martin Matte

Quand Mélissa Désormeaux-Poulin et Martin Matte se lancent dans Le Trip à trois, le rire prend le pas sur le fantasme. Rencontre pimentée.

Quoi de mieux qu’un plan extraconjugal pour réveiller son quotidien? Estelle (Mélissa Désormeaux-Poulin) réalise à 34 ans que sa vie en banlieue, entre mari et enfant, est bien plate. Un soir de brosse, elle décide de relever le défi de sa vie (sexuelle): faire un plan à trois, mais... sans son chum (enfin dans un premier temps!). Encouragée par sa gang de filles, la voilà embarquée dans une recherche effrénée de partenaires idéales. Or, on n’organise pas un threesome comme son party de Noël...

Dans la peau de cette protagoniste délurée, Mélissa Désormeaux-Poulin sort de sa zone de confort, elle qui, hormis dans la série Ces Gars-là, nous a habitués à des rôles sombres ou intenses. (Pensons seulement aux longs-métrages Incendies et Gabrielle.) «C’est vrai que j’ai fait très peu de comédies, admet-elle. J’ai été flattée qu’on vienne me chercher pour un tel personnage. Mais dans la vie, je suis plus légère que ce que je montre dans mon jeu.»

Dans le rôle du chum adorable, mais mou, l’actrice a pu compter, comme elle le dit, sur «un maître de la comédie»: Martin Matte, invisible au cinéma depuis le film d’action Nitro (2007).

Tandem inédit et percutant, les comédiens ont trouvé le tempo pour former ce couple en quête du «Kilimandjaro» sexuel. «La comédie, c’est beaucoup plus dur que le drame», explique l’héroïne de Ruptures et de Mensonges. «Quand on ne trouve pas le rythme, rien ne fonctionne. J’avais peur de tomber dans la facilité et que le spectateur n’y croie pas. Mais après deux jours de tournage, je me suis mis moins de pression et j’ai eu du fun avec mon personnage.»

Pour Martin, «il faut avoir l’oreille comique comme d’autres ont l’oreille musicale. Mélissa a un très bon instinct, plein d’énergie, et est toujours de bonne humeur. Quand on passe douze heures par jour avec un ou une collègue de travail, c’est important!»

Le désir au féminin

Autour du couple gravitent de nombreux personnages féminins incarnés par Bénédicte Décary, Anne-Élisabeth Bossé, Karine Gonthier-Hyndman, Geneviève Schmidt... Avec une mention spéciale pour Florence Longpré – alias Gaby Gravel dans Like-moi! – dont le rôle de danseuse est tordant. «Au-delà du travail avec Martin, j’ai ma gang de filles dans le film, explique Mélissa. On s’est rencontrées entre actrices avant le tournage pour créer la chimie entre nous. On a improvisé, on s’est inventé des histoires. J’ai vraiment eu un coup de cœur pour elles!»

Car, oui, la comédie de Nicolas Monette (Aurélie Laflamme – Les pieds sur terre) met pleinement à l’honneur les femmes, ce qui a séduit le bricoleur maladroit des Beaux malaises. «On parle beaucoup de la crise de la quarantaine et des désirs chez l’homme, mais rarement de ceux de la femme. C’est important qu’on voie le désir féminin, ce vide que ressent le personnage d’Estelle dans son couple. Selon moi, on ne le met pas assez à l’écran. Quand un projet de film est intéressant comme ça, c’est du gros, gros bonheur!»

Du côté de Mélissa, même enthousiasme: «Le Trip à trois traite avec intelligence du désir féminin. Je voulais qu’on puisse en rire ouvertement, mais que jamais on ne le caricature ou le ridiculise.»

Scènes cul-tes

Une soirée échangiste, une affaire de vulve en plastique, une initiation au bondage... Le Trip à trois multiplie les situations embarrassantes où l’excitation tourne vite à la déception, voire même à la catastrophe pour les protagonistes. Aujourd’hui encore, les acteurs n’ont pas oublié certains moments marquants du tournage.

«Lorsque j’ai dû masser Martin devant les caméras, et le brûler avec de l’huile trop chaude, je n’ai jamais été capable de ne pas rigoler, raconte Mélissa. Ce qui fait que même dans la prise retenue, je ris!» Et Martin de préciser: «Rien qu’à voir la bande-annonce, je ris démesurément en repensant à tout cela!»

Autre extrait mémorable: une soirée libertine dans un sous-sol de Montréal-Nord en présence de... Garou. (Lecteurs, vous comprendrez en voyant le film!) «Heureusement qu’on portait des masques, on pouvait rire derrière», se rappelle avec joie Mélissa.

Mais qu’est-ce qui est le plus simple: jouer une scène d’amour réussie ou ratée? «J’ai fait plein de choses, mais je n’ai pas souvent eu des ébats amoureux, admet la jolie brune. C’était juste la deuxième fois que j’en jouais et comme la première fois, c’était une baise manquée!»

Simuler l’orgasme ou le non-orgasme n’a rien à voir pour Martin. «Je suis très à l’aise dans des scènes de sexe qui ne fonctionnent pas vraiment. Ça change quelque chose, car là, on est carrément dans l’humour, et pas trop dans le sentiment. Quand tu es dans une scène d’amour, une vraie, c’est difficile, il faut que tu te mettes dans l’état de quelqu’un d’amoureux même si tu connais à peine le ou la partenaire en face de toi.»

Les 2 p’tits cochons

Mais sur le tournage d’un projet qui tourne autour du sexe, est-ce qu’on se fait plus de confidences intimes entre deux prises? «Ah, mais pas du tout!» dément aussitôt la belle Mélissa. «C’est de même tout le temps! Il y a toujours des histoires rocambolesques qui se racontent pis comme on a du temps, on se confie. Mais attention: ce n’est pas parce que nous avons fait un film là-dessus que nous sommes devenus de gros cochons...»

Maintenant que le threesome n’a plus de secrets pour eux, diraient-ils qu’il est LA recette du bonheur conjugal? «Aujourd’hui, on promeut beaucoup la sexualité comme un moyen d’atteindre le bonheur, conçoit Mélissa, mais ce n’est pas donné à tout le monde de faire ce genre de plans, d’être wild. On peut trouver notre vérité et notre équilibre ailleurs, selon moi.»

Et qu’en pense l’humoriste, en pleine tournée de son nouveau spectacle Eh la la...!? «Moi des trips à trois, j’en fais plusieurs fois par semaine et ça se passe très bien!... Non, plus sérieusement, on peut se décoincer en allant de l’avant, mais il faut surtout s’écouter et respecter les limites de son couple. Tu ne peux pas essayer des choses, si elles ne sont pas en phase avec tes valeurs, simplement parce que la société les met en avant. Bref le trip à trois, ce n’est pas pour tout le monde!»

Mais Le Trip à trois, le film, lui, on peut le consommer à volonté!

Le Trip à trois

Au cinéma dès le 20 décembre

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