Rencontre avec Rachid Badouri – Nelly et Simon: Mission Yéti

Rencontre avec Rachid Badouri – Nelly et Simon: Mission Yéti

N’ajustez pas votre «appareil»! Pendant l’entrevue, il aura le temps d’imiter l’acteur Andy García, les voix françaises de Sylvester Stallone, Eddie Murphy, Anthony Hopkins, de prendre plusieurs accents, de monter dans les graves ou se hisser dans les aigus.

Sa voix, Rachid Badouri aime en faire instrument. Dans le film d’animation Nelly et Simon: Mission yéti de Pierre Greco et Nancy Florence Savard (Le Coq de St-Victor), il la prête au personnage de Tensing, un sherpa tout en rondeur et en sagesse. Ce guide de montagne va mener jusqu’à l’Himalaya Nelly Maloye, détective privée, et Simon Picard, assistant de recherche en sciences (doublés respectivement par Sylvie Moreau et Guillaume Lemay-Thivierge). L’objectif du périple? Découvrir le yéti, ce légendaire homme des neiges.

Après avoir incarné un chat mauve (Au royaume désenchanté), un manchot fan de glisse (Les Rois du surf), le chien Doug de Là-haut ou un oiseau dans Angry Birds: Le film, l’humoriste prête sa voix à son premier humain. «Après dix ans de doublage, les producteurs se sont enfin dit: “On va lui donner un être humain. Il est rendu là dans sa vie!” Plus sérieusement, quelle fierté que ça m’arrive avec une production québécoise et non américaine! Les Américains, ils ne me font pas confiance!»

Suivre sa voix

Pour la première fois, il a inventé la voix d’un personnage plutôt que de remplacer celle de l’acteur d’origine. «Ça apporte une liberté de jeu. On a essayé des accents différents même une voix rauque puisque mon personnage n’est pas maigre... Il doit faire six pieds et quatre pouces, et pèse assez lourd. C’est un gros garçon... Quand tu le regardes, tu te dis: “Lui, il va me casser la gueule!”, mais dès qu’il ouvre la bouche, tu changes d’avis... Car finalement on a choisi une voix plus tendre.»

C’est vrai qu’à l’écran, la douce voix de Tensing rappelle celle de l’humoriste, au point où lui-même a été déconcerté: «Entendre ma vraie voix comme ici dans un film d’animation, c’est troublant... J’ai découvert que j’avais une voix qui matchait avec un autre physique que le mien!»

Ciné-karaoké

Malgré la scène, la télé et le jeu d’acteur, le doublage tient une place très particulière pour le comédien de L’Appât: «J’ai grandi en visionnant les films doublés en français. Je trouvais que les voix correspondaient tellement aux personnages. Par exemple, dans Rocky, la grosse voix de Sylvester Stallone et celle plus éraillée de son beau-frère Paulie sont parfaites.»

Après quelques réglages au début pour coordonner sa voix avec les mouvements de lèvres des personnages, la vedette s’est sentie très vite à l’aise dans ce qui ressemble pour lui à un «karaoké dans un minuscule cinéma». «Lors de mon premier doublage, j’étais dirigé par Manuel Tadros, le père de Xavier Dolan. Il m’a dit: “T’es fait pour ça!” Quand j’arrivais en cours de français, j’avais l’impression que le prof parlait en mandarin. Mais en maths, c’était le contraire: c’était évident. Le doublage, c’est comme des maths pour moi.»

Dessins adores

«J’étais un fan d’Astérix», se rappelle-t-il quand on l’interroge sur ce qu’il regardait enfant. «À l’époque, sans Internet, il fallait attendre la programmation Ciné-cadeau sur Télé-Québec pour visionner les dessins animés. Mon préféré: Les Douze travaux d’Astérix. Je me rappelle aussi qu’à midi, je rentrais dîner à la maison. Comme c’était l’heure du lavage, ça sentait le Downy dans toutes les pièces. Devant mon tajine marocain ou mon Kraft Dinner, je regardais Les Pierrafeu ou Les Schtroumpfs. Ma mère avait hâte que je parte, car à 12 h 35 commençait son téléroman Santa Barbara!»

Et que pense-t-il de l’évolution des films d’animation avec l’apparition de nouveaux studios comme Pixar? «Aujourd’hui, beaucoup de ces offrandes cinématographiques s’adressent aux adultes. J’ai été bouleversé par Sens dessus dessous. À la sortie du film, je me suis dit: “Ça y’est, je comprends ma fille!” Chaque fois qu’elle s’énerve, je vois maintenant le bonhomme rouge qui la contrôle. Quand elle pleure sans raison, je me dis que deux bonshommes en elles se sont chicanés! Ce long-métrage, c’est un livre d’instructions pour jeunes parents.»

À l’entendre si enthousiaste, on se demande bien s’il a conservé quelques grammes de la «zen attitude» de son Tensing. «C’est vrai, les gens ont l’habitude de me voir sur la go, reconnaît-il. Quand je rencontre quelqu’un au centre commercial, je lui demande s’il peut parler en marchant. À 18 heures, je n’ai plus aucune batterie de téléphone!»

Pourtant, il avoue qu’en fin d’année dernière, à la suite d’une blessure, il a connu plusieurs mois de convalescence qui ont bouleversé ses habitudes. «Ça m’a permis de faire des choses inédites. Par exemple, avec ma fille, on a acheté un puzzle des Minions. Nous nous sommes installés à une terrasse au Carrefour Laval. J’ai pris un verre de lait, un chocolat chaud et un gros biscuit au chocolat. J’ai mis en boucle la chanson de Moana. J’avais vraiment l’air d’être en dépression! Je n’avais jamais fait ça de ma vie. Donc, oui, j’ai été un Tensing pendant quelque temps. Ça m’a fait du bien.»

Mais l’homme a repris son galop habituel. Depuis janvier, il présente à Paris son spectacle Badouri rechargé. Il n’a pas fini de courir et de s’animer comme un bonhomme.

Nelly et Simon: Mission yéti au cinéma dès le 23 février