Rencontre avec le nouveau roi de Marvel: Chadwick Boseman

Rencontre avec le nouveau roi de Marvel: Chadwick Boseman

L’heure a sonné. Ce mois-ci, on pousse un immense soupir de soulagement: ce ne sont plus des Blancs qui dominent l’univers cinématographique de Marvel. Panthère noire met (enfin!) en vedette un superhéros à la peau basanée.

Son interprète, Chadwick Boseman, en rêvait depuis longtemps. Les bandes dessinées de la franchise (des années 1950 jusqu’au milieu des années 1960) lavaient plus blanc que blanc: presque tous les superhéros étaient des hommes au visage pâle résidant à New York. Un peu triste, tout cela…

Puis, sont arrivées deux «révolutions».

La première? En juillet 1966, dans le numéro 52 des Quatre fantastiques, les artistes Stan Lee et Jack Kirby ont présenté un héros pas comme les autres. Il s’agissait d’un homme de couleur qui n’avait aucun lien avec l’Amérique du Nord. La Panthère noire, alias le roi T’Challa, a été le premier superhéros noir de l’histoire de la BD. Il résidait à Wakanda, un royaume imaginaire africain technologiquement évolué grâce à un métal impénétrable qui absorbait les vibrations environnantes.

La deuxième avancée? Quarante ans plus tard, la Panthère noire a fait ses débuts au grand écran dans Capitaine America: La guerre civile (2016), et ce, avant d’avoir son premier propre film à l’affiche ce mois-ci.

Profil animal

Réalisé par Ryan Coogler (Fruitvale Station), Panthère noire suit le déchirement de T’Challa au sein de la très divisée famille des Avengers. Devenu souverain de son pays, cet étonnant personnage a maille à partir avec le vendeur d’armes Ulysses Klaue (Andy Serkis) et l’exilé Erik Killmonger (Michael B. Jordan), qui le blâme de la mort de sa famille.

«La principale allégeance de T’Challa est au peuple de Wakanda», explique Chadwick Boseman, en entrevue téléphonique depuis Los Angeles. «Il ne prend pas de décisions sans écouter ses électeurs et son conseil, et sans avoir à vivre avec les conséquences de ses actes. Il est un être profondément responsable, mais sur les aspects qui lui importent vraiment. Il peut aller sauver la planète, mais des gens vont se demander pourquoi il ne s’est pas pointé à un tel rendez-vous ou à une quelconque réunion…»

Mission possible

Tout comme son félin de personnage, l’acteur de 31 ans originaire de la Caroline du Sud a la notion «responsabilité» tatouée sur le cœur. Il a déjà incarné au cinéma des icônes de la culture afro-américaine comme Jackie Robinson dans 42 (un drame biographique qui l’a révélé au grand jour en 2013), James Brown dans le biopic La Vie de James Brown (2014) et le juge de la Cour suprême Thurgood Marshall dans Marshall (2017). C’est néanmoins la toute première fois que Chadwick Boseman participe à un film de superhéros dans lequel les nombreuses cultures du continent africain ont une importance capitale. Même si Panthère noire n’a pas été tourné en Afrique, mais à Atlanta, la vedette révèle que ses confrères de travail étaient investis d’une mission spéciale.

«C’est toute la beauté du projet. Wakanda n’est pas réel, mais ce monde imaginaire est fondé sur des choses qui le sont vraiment et qui proviennent d’Afrique, avoue-t-il. La costumière Ruth Carter a puisé au sein d’une myriade d’éléments culturels au niveau des bijoux, des vêtements et des coiffures. Il y avait même un drum sur le plateau et un batteur prêt à jouer n’importe quand pour l’équipe. C’était inspirant.»

La présence prédominante de Noirs devant la caméra a également été exceptionnelle, mélangeant les vedettes établies (Angela Bassett, qui campe la mère de T’Challa, et Forest Whitaker qui personnifie le grand leader spirituel Zuri) aux plus jeunes talents comme Michael B. Jordan, Danai Gurira en guerrière, Daniel Kaluuya en ami et chef de la sécurité et Lupita Nyong’o en espionne et ancienne amante.

«Cette distribution rend justice à l’histoire de Marvel et à l’Histoire. On a tenté d’explorer et de peaufiner ce qu’on avait commencé sur Capitaine America: La guerre civile.»

Une première à tout

Bien que Chadwick Boseman adore bosser sur des plateaux hollywoodiens comme celui de Panthère noire, il ne voulait pas être comédien en grandissant. Diplômé en beaux-arts à la Howard University, il possède une spécialisation en réalisation. Son éducation l’a cependant poussé à jouer afin de mieux interagir avec les acteurs. «Je n’ai pas fait de cours d’art dramatique à l’école, admet-il. J’étais plus intéressé par les sports. J’aimais aussi peindre et dessiner seul. Ça ne me dérangeait vraiment pas d’être tranquille dans mon coin.»

Un élément inattendu l’a toutefois poussé à sortir de sa coquille pour mieux explorer les arts de la scène. Il explique: «Un ami de mon équipe de basket a été abattu. Ma réaction a été d’écrire sur ce qui venait de se produire et d’expliquer pourquoi, selon moi, la société a laissé tomber mon pote en permettant qu’un tel drame se produise en public. Je n’ai pas créé une pièce de théâtre dans le sens classique et conventionnel du terme. Mon récit était influencé par ce que je connaissais à l’époque de la narration, de mes penchants pour les [artistes afro-américains] Spike Lee et John Singleton. On a joué la pièce quelques fois. C’est essentiellement comme ça que j’ai commencé à raconter des histoires pour le public.»

Depuis, Chadwick Boseman est beaucoup plus engagé dans sa communauté. Il espère d’ailleurs que les spectateurs réagiront fort devant Panthère noire: «Je veux que ça les inspire, qu’ils reviennent voir le long-métrage encore et encore. Et je ne dis pas ça pour faire exploser le box-office... quoique oui, en y repensant bien, j’aimerais que ça soit tout un succès», avoue-t-il en riant.

«Plus sérieusement, reprend-il, je veux faire des films qui seront un jour des classiques diffusés sur de prestigieuses chaînes télévisées. Panthère noire pourrait très bien être ce type d’offrandes cinématographiques.» 

Panthère noire au cinéma dès le 16 février.