Entrevue, Jared Leto

Entrevue: Jared Leto et son Artifact



Que faites-vous pendant que vous consultez cet article? Écoutez-vous de la musique? Avant que ces mélodies se rendent à vos oreilles, saviez-vous que ceux et celles qui l'interprètent ont dû passer par plusieurs étapes. L'artiste ou la formation en a sûrement arraché un bon moment avant de se rendre à un certain niveau. Ce n'est pas un secret, mais l'industrie de la musique est actuellement dans un pitoyable état. Les étiquettes de disque éprouve des difficultés avec la vente des albums de leurs artistes. Pour quelle raison encore? Hhuumm, serait-ce la faute du piratage?

En 2008, la formation 30 seconds to mars menée par le chanteur/acteur Jared Leto a vécue une situation dont on ne souhaite à personne. Le trio était sur le point de débuter l'enregistrement de leur dernier album intitulé This is war. Il faut savoir que 30 seconds to mars avait mis fin à leur contrat avec EMI et que l'état de la Californie, l'endroit où le contrat initial avait été signé, possède une loi spéciale qui stipule qu'un individu peut mettre fin à son contrat après une durée de
Artifact
              
 Jared Leto et moi après l'entrevue
7 ans. N'ayant toujours pas reçu de redevance, après 9 ans sous EMI, 30 seconds to mars a décidé de lever les feutres.

EMI qui n'approuvait pas le départ de la formation est venu chambarder l'enregistrement de This is War. C'est au mois d'août 2008 que l'étiquette de disque a décidé de poursuivre 30 seconds to Mars pour une somme de... 30 millions de dollars entre autres pour ne pas avoir livré le nombre d'albums mentionné dans le contrat initial.

Le documentaire Artifact fait la lumière sur les évènements qui se sont passé d'août 2008 à avril 2009, et ce, pendant l'enregistrement de This is war.

Artifact sera présenté en grande première ce soir dans le cadre du TIFF et Cineplex.com a eu l'immense chance de s'entretenir avec le généreux et aimable Jared Leto. L'artiste était un tantinet intimidant de par sa présence et... son énorme barbe!

CINEPLEX: Lorsque vous avez commencé à travailler sur This is War, j'imagine que vous n'aviez aucune idée de la tournure des évènements?

JARED LETO: Non! Lorsque nous avons débuté, je croyais faire un film à propos de la production de This is War et le processus créatif. Ensuite, notre monde s'est écroulé. Nous avons eu cette grande dispute avec EMI et cette poursuite de 30 millions de dollars. C'est devenu un film totalement différent.

CINEPLEX: Vous avez vendu des millions d'albums et vous avez remporté plusieurs prix. Par la suite, vous êtes entré en studio pour travailler sur This is War et soudainement cette poursuite de 30 millions de dollars est venue bousiller vos plans. Comment un artiste en processus créatif fait face à une situation de la sorte?

JARED LETO: Faire un album est un défi en soi. Faire un album lorsqu'une poursuite de 30 millions de dollars plane sur ta tête est encore plus difficile. Ultimement, je crois la situation nous a aidé à produire un meilleur album. Shannon, Tomo et moi, nous nous sommes rapprochés aussi. Cette poursuite fait maintenant partie de notre histoire.

CINEPLEX: Qu'est-ce qui vous a poussé à dévoiler cette histoire à vos admirateurs, mais aussi à tous ceux qui aspirent à une carrière dans le monde de la musique?

JARED LETO: C'était important pour moi de faire le point sur la situation. Certaines personnes ne réalisent pas la réalité. Je sentais le besoin de le faire et de démontrer à d'autres artistes ce qui pourrait leur arriver. Je ne suis pas contre les étiquettes de disques. Je crois que ces compagnies peuvent être fantastiques. Je suis contre l'avidité.

CINEPLEX: Dans Artifact, quelques artistes partagent leurs opinions à propos du fait que l'industrie de la musique est malade. Avez-vous dû en approcher beaucoup afin d'en avoir quelques-uns partageant leurs opinions?

JARED LETO: Certains artistent étaient impatients de partager leurs opinions à propos du fait que l'industrie de la musique est dans un piteux état. Ils voulaient raconter leurs histoires. Donc, je n'ai pas eu de problème à les convaincre. Ils nous ont aidés à faire un meilleur film.

CINEPLEX: D'un autre côté, à l'intérieur d'Artifact, certains anciens employés d'EMI partagent aussi leurs opinions à propos de la situation. Comment les avez-vous approchés?

JARED LETO: Ils voulaient s'exprimer. Ils voulaient que ça soit connu de tous. C'est un truc intéressant. On ne se battait pas contre une seule personne, mais contre un système. Les anciens employés d'EMI ont réalisé que le système actuel avait besoin d'amélioration. C'est n'est pas une personne qui sera en mesure de changer les choses, mais un ensemble.

CINEPLEX: Étant moi-même une grande admiratrice de la musique, croyez-vous qu'Artifact aura des répercussions sur l'industrie de la musique dans le futur?

JARED LETO: La venue d'Artifact a créé quelques conversations. Grâce à ce documentaire, les gens comprennent plus le fonctionnement de l'industrie de la musique. Selon moi, la compréhension peut aider à trouver des solutions. Mais, on ne sait jamais! Le changement peut être minime. Ceci peut commencer via une application mobile, via une bataille d'un groupe contre son étiquette ou simplement une compagnie de disques qui se dit que les choses doivent changer.

CINEPLEX: Croyez-vous que le fonctionnement des étiquettes de disque ainsi que les clauses des contrats actuels vont à l'encontre de la créativité chez un artiste? J'imagine que certaines étiquettes mettent beaucoup de pression sur leurs artistes pour la livraison de leurs albums. Croyez-vous que c'est une des raisons de la présence de mauvaise musique sur le marché?

JARED LETO: Probablement! L'industrie de la musique est dans un piteux état et va parfois à l'encontre de la créativité chez un artiste. C'est une industrie compliquée. Probablement qu'une portion des artistes regardent la situation et ils ne veulent pas en faire partie. L'industrie est un défi en soi. L'industrie de la musique doit revoir son image et espérer que les artistent reviennent. Ils ne reviendront pas si les étiquettes continuent à les traiter de la sorte. Ils deviendront des peintres, des sculpteurs ou ils feront d'autres choses.

CINEPLEX: À quoi vos fans et les cinévores peuvent s'attendre d'Artifact?

JARED LETO: Je crois que beaucoup de gens seront surpris d'apprendre certaines choses concernant les clauses que l'on retrouve dans les contrats, de la façon dont les étiquettes de disque opèrent, à propos des artistes et ceux qui possèdent ces compagnies.C'est un film personnel. Je partage beaucoup de moments provenant de ma vie personnelle. Je n'ai jamais fait cela auparavant. C'est unique et différent.

CINEPLEX: En faisant des recherches, j'ai découvert que le producteur Barthelomew Cubbins était en fait... vous. On sait que ce nom est un personnage provenant de l'univers de Dr Seuss. Pour quelles raisons l'avez-vous emprunté?

JARED LETO: Bien! J'ai débuté ma carrière de producteur il y a 10 ans. Je voulais que mes vidéos parlent d'eux-mêmes. Je ne voulais pas que les gens les associent à moi. Je voulais disparaître en quelque sorte. J'ai fait ce changement pour ces raisons et je l'ai gardé pour le plaisir. J'aimais aussi le nom de Barthelomew Cubbins provenant de l'univers de Dr Seuss.

CINEPLEX: Il y a-t-il eu un moment pendant vous fassiez face à cette poursuite et que vous étiez en train d'enregistrez l'album que vous avez eu envie d'arrêter de faire la musique?

JARED LETO: Non! Mais... j'étais dans une période très sombre. C'était très difficile.

CINEPLEX: Qu'appréhendez-vous de la première de ce soir?

JARED LETO: La présence d'Artifact au festival marque la fin de la production du documentaire. Ceci est en fait notre ligne d'arrivée. On peut travailler pour toujours sur un projet de la sorte. C'est bien de rencontrer cette fin.

CINEPLEX: Sur une échelle de 0 à 100, à quel point aimez-vous la musique et le cinéma?

JARED LETO: Je les aime les deux. J'adore regarder des films. Je n'ai pas fait de films depuis 5 ans. J'ai été très occupé depuis les dernières années. Présentement ma priorité est la musique.

Artifact est sans distributeur et le documentaire ne possède toujours pas de date de sortie. Revenez fréquemment sur le Ciné-blogue! On pourrait peut-être (éventuellement) avoir une surprise pour vous!