Mélancholia: vive la mariée!

Mélancholia: vive la mariée!



Kirsten Dunst
dit oui à l’univers apocalyptique de Mélancholia. Tête-à-tête avec une mariée triste.

Elle a grandi sur les plateaux de tournage. Voilà plus d’un quart de siècle que Kirsten Dunst bosse devant la caméra… et elle n’a que 29 ans! On présume que l’actrice a tout fait et tout vu. Pourtant, rien n'a pu la préparer pour son rôle dans Mélancholia, le plus récent film de l'excentrique réalisateur danois Lars von Trier.

Jamais, d’abord, elle n’aurait pensé parler à des journalistes de sexe, de dépression, d'Hitler et de l’apocalypse. Mais puisqu'elle a accepté de plonger dans l'univers sombre et tordu du célèbre cinéaste, la jeune blonde en discute dorénavant sur toutes les tribunes. Des sujets à mille lieues des questions qu'on lui posait pour ses personnages de Mary Jane dans Spider-Man, de meneuse de claque dans Bring It On ou d'archiduchesse dans Marie Antoinette.
 
Dunst incarne ce mois-ci une mariée dépressive qui tente de célébrer son mariage alors que des relations dysfonctionnelles viennent la troubler. Ah oui, un autre petit détail: au même moment, la planète Melancholia menace d'entrer en collision avec la Terre. À ses côtés, on retrouve Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland et Alexander Skarsgård.

«Ce film est très personnel à Lars, confie Dunst, dans une entrevue accordée lors du Festival international du film de Toronto. Il a écrit ce film en pensant à sa propre dépression. C'est un autoportrait. Je sais que mon personnage s'inspire de sa vie.»

Au fil des ans, von Trier a ouvertement abordé son combat contre la dépression. L’actrice, qui a reçu le même diagnostic en 2008, s’était abstenue à l’époque d’en parler publiquement. Aujourd’hui, elle se contente de dire qu’elle a très peu puisé dans ses propres souvenirs pour jouer sa mariée abattue.

«Lars était très précis dans son interprétation de la dépression. Je comprenais tout à fait sa vision, donc ce n'était pas difficile pour moi de livrer la marchandise. Il m’a demandé de regarder les films Persona d'Ingmar Bergman et The Philadelphia Story de George Cukor. Mais, pour le reste, j’ai construit seule mon personnage. C’était nouveau pour moi.»

Oui, je le veux
En fait, tout dans sa participation au projet s'est déroulé de manière inhabituelle, même la façon dont elle a obtenu le rôle. Dunst a été engagée après un court entretien avec le réalisateur sur Skype. «Lars ne voyage pas. Il a peur des avions. On s'est parlé un petit moment par écrans interposés, mais on n'a pas vraiment discuté du film. J’étais nerveuse de lui parler… et lui nerveux d’utiliser Skype pour la première fois!» Après cet échange virtuel, la jeune femme a envoyé au cinéaste quelques photos d'elle sous son pire jour, en 2008.

Bien sûr, que Dunst connaisse la maladie était un plus pour Lars von Trier. Mais peu importe, le cinéaste devait engager quelqu’un sur le champ. Penélope Cruz était originellement la tête d'affiche de Mélancholia, mais à la dernière minute, elle a plutôt opté pour le plateau de Pirates des Caraïbes: La Fontaine de Jouvence. Il avait donc besoin d'une autre mariée triste. Et vite.

Dunst admet qu'elle a peu de points en commun avec l'actrice espagnole (enceinte à l'époque). Ça aurait été certainement différent, mais je l'aime beaucoup. Je la remercie de ne pas l'avoir fait», dit-elle.

Quand elle a reçu l'offre, la jeune femme avait déjà vu plusieurs films de Lars von Trier (elle mentionne Dancer in the Dark, Dogville et Antichrist). Elle était au courant de la réputation du réalisateur, connu pour maltraiter ses actrices (Björk a claironné ne plus jamais vouloir faire de cinéma à cause de lui!). Elle se doutait aussi qu’elle devrait probablement tourner nue. «La nudité ne me dérangeait pas. Je faisais confiance à tout le monde et l'éclairage était magnifique. Je ne me suis pas entraînée au gymnase des mois avant. Je voulais que tout soit très naturel. Je n'ai pas de réels problèmes avec mon corps!»

Aurait-elle accepté le rôle de Charlotte Gainsbourg dans Antichrist, le film précédent de von Trier – un personnage soumis à une série d'épreuves inimaginables, y compris des mutilations génitales? «J'ignore dans quel état d'esprit j'aurais été à ce moment-là. Charlotte est française et c'est différent d'avoir travaillé sur des films comme Spider-Man et ensuite être nue et couper les parties intimes de quelqu'un. Ça aurait été peut-être trop extrême pour moi à ce moment-là. Mais je vais sans contredit retravailler avec Lars.»

Cela en dit long sur leur relation. Il aurait été facile et tentant pour Dunst de se distancer du réalisateur après les propos injurieux qu’il a tenus à Cannes. Interrogé sur les influences allemandes dans son travail, von Trier a répondu qu'il comprenait Hitler. Quelques jours plus tard, Dunst remportait le prix de la meilleure actrice. Dans une robe argent à plumes signée Chanel, elle a accepté le trophée remis par Robert De Niro en lançant un immense soupir et un retentissant: «ouf, quelle semaine!»

Quelques mois plus tard, elle revient sur les événements avec un peu plus de recul: «La semaine n’a pas été si pire que cela! Je connais Lars. Pour moi, c'était décevant parce qu'il était embarrassé et nous avons dû annuler nos fêtes et nos soupers... On ne pouvait tout simplement pas célébrer ensemble, c'est ce qui était le plus décevant, mais ce n'était pas la fin du monde non plus.»

Et si, comme dans son film, Kirsten Dunst affrontait la fin du monde, comment la vivrait-elle? «Oh mon Dieu! C'est tellement dramatique… Je paniquerais. Je voudrais sûrement  me retrouver avec ma famille.»

Voyez la bande-annonce:

 

Mélancholia prend l'affiche le 11 novembre.